

Avant même que le monde ne soit prononcé, bien avant que la lumière ne connaisse sa route, les lettres de l'alphabet se présentèrent une à une devant le Trône, chacune plaidant pour être la première lettre et le fondement de la création.
Elles n'étaient pas des signes, mais des consciences.
Chacune portait ses promesses.
Chacune portait ses blessures...
La lettre Kaf s'avança humblement.
Elle ne revendique ni royauté, ni sagesse éclatante ni éclat cosmique et dit : " Maître du Monde, je contiens la force sans la montrer, je garde la couronne sans la garder, je cache le feu sans brûler."
[Kaf représente le contenant, celui qui reçoit la lumière, le vase avant le fin, le creuset avant l'or]
[Mais... Kaf porte aussi un mot : Kelayah ( destruction, anéantissement)]
Dieu dit alors : " Le monde ne peut être fondé sur une lettre dont l'ombre porte sur la fin. Car je désire un monde qui commence par la bénédiction."
[Ainsi, c' est Bet ( Berakhah, bénédiction) qui sera choisie pour commencer.]
Pourtant.. Kaf reçoit une mission...
"Tu ne sera pas au commencement, mais tu seras au cœur. Tu sera la coupe qui contient la sagesse. Sans toi, aucun livre ne pourra être lu. Car toute lumière qui n' a pas de vase se disperse. Toute sagesse qui n' a pas de coupe s' évapore. Je te confie la demeure du feu."
Il est dit que la lettre K est la force contenue, la couronne cachée, la chambre secrète où Dieu dépose ses étincelles. Celui qui comprend la lettre K cesse de vouloir briller. Il apprend à contenir. Et dans ce contenant, le feu devient lumière.

Dans de nombreuses mythologies, la lettre K est associée à la force vitale, au double spirituel, au feu intérieur, au pouvoir royal et au chaos primordial.
A travers les peuples, la lettre K porta des noms différents, mais garda la même fonction.
Les Egyptiens l' appelèrent Ka : Le double vivant.
Les Sumériens l' appelèrent Ki : Le ventre de la Terre.
Les Indiens l' appelèrent Kali : Le feu du temps.
Les Grecs l' appelèrent Khaos : Le vide fertile.
Les sages du Nord parlèrent de Kvasir, dont le sang devint connaissance.
Les maîtres de l' Orient parlèrent de Ki, souffle de l'air qu'il faut apprendre à contenir.
Partout, K fut la même coupe.
Parfois noire, parfois ardente, toujours sacrée.

En Egypte ancienne, Ka est l' un des concepts spirituels les plus importants.
Le Ka est : Le double invisible de l'être ; La force vitale reçue à la naissance et ce qui survit après la mort.

En Mésopotamie, Ki est la Terre primordiale.
Ki est alors : La matrice, le ventre cosmique, la substance qui reçoit la semence céleste.
Encore une fois, Ciel est impulsion, Terre est réception, K est le contenant.

En Inde, Kali est le feu du temps.
Elle est le temps dévorant, la matrice noire, la mère des mondes.
Dans certaines traditions, Ka est énergie, La est dissolution.
Kali est L' énergie qui dissout pour recréer.
K n'est pas mort. K est transformation constante.

Chez les grecs, Khaos est le premier Dieu élément primordial. Il s'agit de l'espace préexistant à toutes choses, et notamment à la lumière. Il est défini comme un principe faisant référence au commencement confus de toutes choses, l'image de ce qui existait avant les dieux, avants les mortels, et d'où tout est issu. Puis de sa masse enchevêtrée surgirent le Jour et l' Éther, avec le premier jaillissement de la lumière indispensable à l'éclosion de la vie"
En grec ancien, Kêryx signifie messager. D'ailleurs, Hermès, le messager des dieux est appelé Hermès Kêrykelos. Hermès est également le porteur des clés des mondes.
En ésotérisme moderne, K est ouvent vu comme la clé. K permet le passage & donne accès à l' information.

Dans le monde nordique, le Kvasir est un être né de la salive mêlée des dieux.
Il devient alors un sage absolu & la source de l'hydromel de connaissance. Son sang devient boisson d'inspiration.
Partout, le K est la force vitale, le réceptacle, la matrice, le feu contenu, la puissance silencieuse.

Et en France ?
Dans la poésie médiévale, le K était parfois utilisé pour accentuer le son dur, brutal.
Il apportait une force visuelle et sonore dans le texte : comme un coup sec, un signal de puissance.
La lettre K, comme deux autres lettres de l'alphabet, était perçue comme étrangère, mystique et forte.
Dans les textes alchimiques médiévaux, le K pouvait être utilisé dans les transcriptions latine pour symboliser des forces puissantes et occultes, parce qu'il était rare et visuellement intense.
Les grammairiens et alchimistes médiévaux l' associaient parfois au concepts de vitalité et de souffle et au coup tranchant : une action rapide et déterminée.

" Il n'appartenait pas au peuple des lettres ordinaires. Il venait des confins, des mots étrangers, des noms d'hommes et d'êtres redoutables. Il frappait l'oreille comme un coup de vent dans la nuit, et l’œil comme une flèche noire sur le parchemin. Le K était la lettre de l'intrus, du guerrier, du souffle vital. "